La politique française souffre d’une maladie structurelle : une incompatibilité totale entre les intérêts électoraux immédiats de ses dirigeants et les intérêts à long terme de la population.
À chaque élection, cette divergence s’accentue, au point de devenir l’un des principaux moteurs du déclin du pays.
1. La professionnalisation du pouvoir : un moteur de distorsion et de mensonges
En France, la politique n’est plus un engagement citoyen : c’est une carrière, un secteur professionnel, parfois le seul que certains élus aient jamais connu.
Résultat : tout est filtré par un impératif unique: être réélu.
Et cet impératif transforme l’élu en illusionniste.
a) Mentir devient une stratégie, pas un accident
Quand la vérité met en danger le mandat, la vérité disparaît.
Lorsque se maintenir en fonction devient un objectif prioritaire, le discours se plie à ce qui rassure, pas à ce qui est vrai.
Ainsi émergent des promesses séduisantes mais irréalistes, des illusions économiques entretenues, ou encore des simplifications grossières sur des sujets sensibles:
- Des mensonges sur les retraites, avec des gouvernements qui promettent de maintenir un système financièrement exsangue et non viable depuis 30 ans.
- Des mensonges sur l’immigration, tantôt minimisée, tantôt instrumentalisée, mais jamais traitée avec la lucidité et le courage que le sujet exige.
- Des mensonges sur les impôts, baissés avant les élections, relevés après, maquillés ensuite sous mille artifices fiscaux.
Chaque mensonge est un anesthésiant électoral :
il calme le public aujourd’hui, quitte à l’enfoncer demain.
b) Un peuple crédule, des élus cyniques
La complexité des dossiers (retraites, dette, assimilation, fiscalité…) crée une asymétrie.
Les élus, professionnels, savent que les citoyens comptent sur eux et plus largement sur l’état qu’ils dirigent pour régler leurs problèmes, voir « améliorer » leur quotidien.
Ils exploitent alors cette crédulité.
Pas toujours par malveillance, souvent par calcul.
Mais le résultat est le même :
une population maintenue dans l’illusion que “tout peut continuer comme avant”.
L’élu n’est alors plus simplement un représentant : il devient un narrateur, qui sélectionne ce que le public doit entendre pour maintenir sa confiance. Cette dynamique favorise une forme d’exploitation douce : tant que le mensonge fonctionne, il est électoralement rentable.
2. Le quinquennat : un mandat trop court pour agir, trop long pour admettre l’échec
Depuis l’instauration du quinquennat, la France vit au rythme frénétique de l’échéance présidentielle.
Cinq ans, c’est trop court pour réformer en profondeur, mais suffisamment long pour gérer la stagnation.
a) Le courage politique sacrifié sur l’autel de la popularité
En France, toute réforme nécessaire est impopulaire.
Réformer les retraites ? Tempête sociale.
Réformer l’assurance chômage ? Cris d’orfraie.
Réformer les dépenses publiques ? Risque de fracture.
Alors les gouvernements font ce qu’ils savent faire :
ils gèrent, ils bricolent, ils repoussent.
Car en France, dire la vérité revient à perdre l’élection suivante.
Et personne ne veut être celui qui “met le feu au pays”.
b) Un peuple nourri au confort d’après-guerre
La France a construit après 1945 un modèle social admirable, généreux, presque utopique.
Mais ce modèle reposait sur une pyramide démographique jeune, une croissance forte, une dette faible et un monde stable.
Ces conditions n’existent plus.
Et pourtant, une grande partie de la population reste attachée à ce confort hérité.
Elle exige l’impossible :
plus de services, plus de protection, plus de stabilité… sans accepter le moindre effort.
Le politique, conscient de cette hypersensibilité sociale, préfère alimenter l’illusion plutôt que dire :
“Ce que nous faisons n’est plus tenable.”
Conclusion : la France vit à crédit — politique, social, économique
La divergence d’intérêts entre dirigeants politiques et citoyens a installé la France dans une situation où les élus, obsédés par le court terme, maquillent la réalité. Les Français, attachés au confort du passé, refusent de la regarder la réalité. Et pendant que l’un ment et que l’autre croit,
le pays s’enfonce dans l’immobilisme. On observe cependant l’émergence d’une nouvelle génération qui comprend et subit cette politique (le travail ne paie plus, la vie coûte plus cher au quotidien, l’insécurité gagne du terrain, les service publiques déclinent….)
La divergence d’intérêts entre élus et citoyens n’est pas morale mais structurelle. Pour rompre ce cercle vicieux, la France devra :
- réduire la professionnalisation politique et le volume de l’administration ;
- exiger une transparence brutale sur l’état réel du pays et en tenir compte;
- créer des mandats réellement compatibles avec des réformes de long terme ;
- accepter, collectivement, que les vérités difficiles sont préférables aux illusions douillettes.
Tant que rien ne change, la France continuera à décliner.
